Tokyo en solo : la ville où la solitude est un art de vivre
Autrice : Inès Moreau · Publié le 1 mars 2025 · 5 min de lecture
Catégorie : Destinations · Tags : tokyo solo femme, voyage seule japon, solo trip tokyo, japon seule, shinjuku solo
Au Japon, il existe un mot pour tout. Komorebi, la lumière qui filtre à travers les feuilles. Wabi-sabi, la beauté de l'imperfection. Mais celui qui me touche le plus, c'est kodokushi dans son sens le plus doux : l'art de vivre seul, sans que ce soit un drame. Tokyo est la seule mégalopole au monde où manger seule, marcher seule, exister seule n'appelle aucune pitié, aucune question. C'est un mode de vie.
Tokyo : la métropole qui respecte votre solitude
J'ai une théorie. Les meilleures villes pour voyager seule ne sont pas celles qui vous forcent à socialiser, mais celles qui vous laissent tranquille tout en vous entourant de beauté. Tokyo est la championne incontestée de cette catégorie.
Quatorze millions d'habitants, et pourtant une politesse, un calme, un respect de l'espace personnel que je n'ai trouvés nulle part ailleurs. Ici, personne ne vous dévisage dans le métro. Personne ne commente votre table pour une personne. Les restaurants ont des comptoirs conçus pour les mangeurs solitaires. Les konbini (supérettes) sont ouverts 24h/24 et proposent des repas qui rendraient jaloux la moitié des bistros parisiens. Tokyo est une ville construite pour les individus, pas seulement pour les couples et les familles.
Shinjuku : le chaos magnifique
Commençons par le commencement. Shinjuku est le quartier où j'installe toujours mon camp de base. Pas le Shinjuku des guides touristiques avec sa gare qui avale trois millions de personnes par jour, mais le Shinjuku de derrière, celui des ruelles de Golden Gai.
Golden Gai, c'est un labyrinthe de six allées et deux cents bars minuscules, certains ne pouvant accueillir que six clients. J'y suis entrée un mardi soir dans un bar tenu par un ancien batteur de jazz. Il y avait trois tabourets, une collection de vinyles sur les murs, et un whisky Suntory Toki servi avec une sphère de glace parfaite. 800 yens, soit 5 euros. On a parlé de Coltrane et de Paris avec mon japonais inexistant et son français de trois mots. C'est le genre de soirée que seul le voyage solo peut offrir.
Où dormir à Shinjuku : le Tokyu Stay Shinjuku (environ 80 euros/nuit) est mon choix récurrent. Chambres petites mais impeccables, machine à laver dans la chambre (un luxe quand on voyage léger), et emplacement parfait pour explorer à pied.
Shibuya, Harajuku, Omotesando : la trinité de la modernité
Depuis Shinjuku, le train vous dépose à Shibuya en cinq minutes. Le fameux carrefour, oui, traversez-le au moins une fois pour le frisson. Mais le vrai Shibuya est dans les étages. Les department stores japonais sont des mondes en soi : au sous-sol, les halls alimentaires (depachika) offrent des dégustations gratuites de wagashi, de mochi frais, de fruits sculptés comme des bijoux.
Harajuku le dimanche matin : Takeshita Street est un cauchemar de foule, mais à deux rues de là, le sanctuaire Meiji-jingu vous enveloppe dans un silence de forêt en plein coeur de Tokyo. L'allée de torii et de cèdres centenaires est l'un des contrastes les plus saisissants que je connaisse.
Omotesando, c'est les Champs-Élysées version architecturale. Chaque boutique est dessinée par un architecte différent. On peut passer deux heures à simplement lever les yeux. Arrêtez-vous au Omotesando Koffee (un comptoir de cinq places dans une maison traditionnelle reconvertie) pour un latte à 4 euros qui vaut le détour.
La culture du konbini : votre meilleur allié solo
Si je devais résumer le Japon en un seul concept pour les voyageuses solo, ce serait le konbini. Les 7-Eleven, FamilyMart et Lawson japonais n'ont rien à voir avec leurs cousins occidentaux. On y trouve :
- —Des onigiri frais à 1,20 euro (le saumon-mayonnaise du 7-Eleven est une institution)
- —Des bentos chauds à 4-5 euros, réchauffés sur place
- —Du café fraîchement moulu à 1 euro
- —Des produits de beauté, des collants, des parapluies, des timbres
- —Un ATM qui accepte les cartes étrangères (les banques japonaises ne le font pas toujours)
Mon rituel : un onigiri thon-mayo et un café au lait chaud sur un banc du parc Yoyogi à 7h du matin. Coût total : 2,50 euros. Bonheur : incalculable.
Les capsule hotels : l'expérience à tester
Oui, les capsule hotels existent encore, et non, ce n'est pas aussi claustrophobe qu'on l'imagine. Les versions modernes destinées aux femmes sont remarquablement confortables. J'ai testé le Nine Hours Shinjuku : capsule immaculée, literie excellente, douche à effet pluie, et un système d'éclairage qui simule le lever du soleil pour vous réveiller. 35 euros la nuit, dans un quartier où les hôtels 5 étoiles dépassent les 300 euros.
Les étages réservés aux femmes sont accessibles par badge, et l'ambiance est celle d'un spa plutôt que d'un dortoir. C'est une expérience que je recommande pour au moins une nuit, ne serait-ce que pour la singularité du concept.
Onsen : le rituel de la nudité partagée
Il faut en parler. Les onsen (bains thermaux) sont genrés et se pratiquent entièrement nus. Pour beaucoup de voyageuses occidentales, c'est un obstacle. Je comprends. La première fois, j'ai hésité dix minutes devant la porte du vestiaire.
Puis j'y suis entrée, je me suis déshabillée, lavée sur le petit tabouret comme tout le monde, et glissée dans l'eau brûlante. Et là, quelque chose s'est passé. Le regard des autres femmes n'avait rien de curieux ou de jugeant. C'était une normalité absolue. Des corps de tous les âges, de toutes les formes, dans une eau à 42 degrés, en silence. L'un des moments les plus libérateurs de mes huit ans de voyage.
Mon onsen préféré à Tokyo : Thermae-yu à Shinjuku, ouvert 24h/24, 2 600 yens (16 euros) avec accès à six bassins différents et une salle de repos avec fauteuils inclinables.
Étiquette essentielle : lavez-vous intégralement avant d'entrer dans le bain. Les tatouages sont parfois interdits (couvrez-les avec des patchs vendus sur place). Les cheveux longs doivent être attachés au-dessus de l'eau.
Cerisiers en fleurs : le timing parfait
Si vous pouvez choisir vos dates, visez fin mars à début avril. Les sakura transforment Tokyo en tableau impressionniste. Le parc Ueno, les berges de la Meguro-gawa, le cimetière d'Aoyama (oui, un cimetière, et c'est sublime) : les cerisiers éclatent partout simultanément pendant une à deux semaines.
Le hanami, le pique-nique sous les cerisiers, est une tradition à laquelle une femme seule peut se joindre sans aucune gêne. Achetez un bento au depachika, une canette de Asahi, un carré de plastique bleu, et installez-vous sous un arbre. Les Japonais autour de vous feront exactement la même chose.
Sécurité : le non-sujet
Tokyo est, statistiquement et viscéralement, l'une des villes les plus sûres au monde pour les femmes seules. J'ai traversé Kabukicho (le quartier rouge de Shinjuku) à 2h du matin sans ressentir la moindre inquiétude. Les taxis sont honnêtes, le métro est sûr même tard le soir, et les Japonais sont d'une discrétion absolue.
Le seul vrai danger : se perdre dans le métro. Téléchargez Google Maps hors ligne et l'application Suica pour les transports. Achetez un Japan Rail Pass si vous comptez sortir de Tokyo (Kyoto, Osaka, Hiroshima sont à portée de Shinkansen).
Budget pour 10 jours
- —Hébergement : 50 à 90 euros/nuit (capsule à boutique hotel)
- —Repas : 8 à 20 euros/jour (konbini + un restaurant)
- —Transports : Suica rechargeable, environ 5 euros/jour
- —Activités : beaucoup de choses sont gratuites (temples, parcs, marchés)
- —Total : environ 1 200 euros hors vol (vol Paris-Tokyo : 550 à 900 euros selon la saison)
Le mot de la fin
Tokyo m'a appris que la solitude pouvait être un luxe. Pas une solitude subie, mais une solitude choisie, entourée de beauté, de saveurs et de respect. C'est une ville qui ne vous demande rien. Elle vous laisse être exactement qui vous êtes, seule dans la foule, libre dans l'ordre, silencieuse dans le bruit.
Si vous ne devez visiter qu'une seule ville en solo dans votre vie, choisissez Tokyo. Vous ne le regretterez pas.
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