Dîner seule au restaurant : guide pour en faire un moment de pur plaisir
Autrice : Inès Moreau · Publié le 8 mars 2025 · 5 min de lecture
Catégorie : Solo & Luxe · Tags : dîner seule restaurant, manger seule voyage, restaurant solo femme, solo dining guide, table pour une
"Table pour une personne." Quatre mots qui m'ont longtemps coûté. Pas financièrement -- émotionnellement. Le regard du serveur. La table bancale près des toilettes. Le téléphone sorti comme un bouclier. Puis un soir, à Séville, dans un bar à tapas bruyant et enfumé, j'ai posé mon téléphone, j'ai commandé un verre de manzanilla et six gambas al ajillo, et j'ai regardé le monde tourner autour de moi. Ce soir-là, j'ai compris que dîner seule n'était pas un problème à résoudre, mais un plaisir à cultiver.
Pourquoi c'est si difficile (et pourquoi ça ne devrait pas l'être)
Soyons honnêtes. Dans la culture française, le repas est un acte social. On mange en famille, entre amis, en couple. Manger seule au restaurant, surtout le soir, surtout en tant que femme, est encore perçu comme un aveu de quelque chose : solitude, rupture, tristesse. Les regards ne sont pas méchants, mais ils sont là. Ce petit mouvement de sourcils du maître d'hôtel. La table de quatre qui vous jette un oeil compatissant.
Ce malaise est réel, et je ne vais pas faire semblant qu'il n'existe pas. Mais je vais vous dire ceci : il disparaît. Pas d'un coup, pas par magie, mais par la pratique. Comme tout le reste. Et de l'autre côté de cet inconfort se trouve l'un des plaisirs les plus sous-estimés du voyage solo.
Choisir le bon type de restaurant
Tous les restaurants ne se valent pas pour une dîneuse solitaire. Voici ma classification personnelle, forgée en huit ans de repas solo à travers le monde.
Les meilleurs : les comptoirs et bars à manger
Le comptoir est le meilleur ami de la voyageuse solo. Au Japon, c'est un art (les ramen-ya, les sushi-ya, les izakaya). En Espagne, c'est le bar à tapas. En France, c'est le comptoir du bistrot. En Italie, c'est la pizzeria al taglio.
Pourquoi ça marche : vous êtes face à l'action. Vous voyez le chef travailler. Vous pouvez échanger quelques mots sans être obligée de tenir une conversation. Vous n'êtes pas "seule à une table", vous êtes installée au coeur du restaurant.
Mes comptoirs préférés :
- —Le Comptoir du Panthéon, Paris (5e) : Yves Camdeborde a conçu cet endroit pour les mangeurs solo autant que pour les groupes. Assiettes généreuses, vin au verre, ambiance vivante.
- —Bar Brutal, Barcelone : cave à vins naturels avec tapas exceptionnelles. Le comptoir en pierre fait six places. On y finit toujours par parler au voisin.
- —Ichiran Ramen, Tokyo : des box individuels avec un rideau. Le sommet du solo dining assumé.
Les bons : les restaurants avec bar
Beaucoup de restaurants gastronomiques proposent désormais un service au bar. C'est une tendance née à New York (le bar du Gramercy Tavern est légendaire) qui s'est répandue partout. Vous bénéficiez de la même carte, du même service, mais dans une atmosphère plus décontractée et plus propice au solo.
Quand je réserve dans un hôtel haut de gamme, je demande toujours si le restaurant de l'hôtel a un bar. La réponse est presque toujours oui, et c'est presque toujours la meilleure place de la maison.
Les moins adaptés : les tables de deux face à face
La petite table de deux avec la chaise vide en face, c'est le cliché du dîner solo triste. Si c'est ce qu'on vous propose, demandez sans hésiter une place au bar ou une banquette. "Je préfère être au comptoir, si c'est possible." Aucun bon restaurant ne vous le refusera.
Commander quand on est seule : la stratégie
Le vin
Ne vous sentez jamais obligée de commander une bouteille entière (même si certains restaurants le sous-entendent). Le vin au verre est votre allié. Mieux encore : demandez au sommelier ce qu'il recommande. "Je prends un plat de poisson, qu'est-ce que vous me proposeriez au verre ?" C'est une conversation, pas une commande. Et les sommeliers adorent qu'on leur pose la question.
Si vous voulez goûter plusieurs vins, certains restaurants proposent des formules dégustation de trois verres (10 cl chacun) pour 15 à 25 euros. C'est le format parfait pour une soirée solo.
Les plats
Libérez-vous de la structure entrée-plat-dessert si elle ne vous convient pas. Trois entrées et un dessert, c'est une option parfaitement valable. Deux plats et pas de dessert, aussi. C'est votre repas, votre rythme, votre appétit.
Mon format préféré en solo : un verre de vin, deux plats à partager (que je ne partage avec personne, évidemment), et un dessert avec un café. C'est suffisant pour profiter du lieu sans s'éterniser.
Quoi faire de ses mains (et de son regard)
C'est la vraie question, n'est-ce pas ? Celle qu'on n'ose pas poser. Quand on est deux, on se parle. Seule, on fait quoi ?
La première option : rien
Vraiment. Regardez autour de vous. Écoutez les conversations. Observez le service. Goûtez chaque bouchée avec une attention que vous n'avez jamais quand vous parlez en même temps. Le dîner solo est une expérience sensorielle complète, si vous lui en laissez l'espace.
La deuxième option : un carnet
Pas un téléphone. Un carnet. Il y a quelque chose dans le geste d'écrire à la main, dans un restaurant, qui transforme le repas en moment littéraire. Je note ce que je mange, ce que je vois, ce que je ressens. Pas pour publier quoi que ce soit. Pour moi.
La troisième option : un livre
Un livre papier, de préférence. Une liseuse, à la rigueur. Le téléphone, en dernier recours. Il y a une hiérarchie du solo dining élégant, et le livre est en haut. Ce n'est pas du snobisme : c'est que le livre envoie un signal clair -- "je suis ici par choix, et je suis très bien accompagnée."
Les restaurants qui accueillent le mieux les femmes seules
Au fil des années, j'ai identifié des critères qui distinguent les restaurants vraiment accueillants pour les dîneuses solo :
- —Le personnel ne commente pas. Pas de "juste vous ?" ou de "vous attendez quelqu'un ?"
- —On vous installe à une bonne table. Pas celle collée à la porte des cuisines.
- —Le service est attentif sans être envahissant. On ne vous demande pas toutes les cinq minutes si tout va bien.
- —La carte propose des formats adaptés. Demi-portions, tapas, petites assiettes à composer.
Quelques adresses qui cochent toutes ces cases :
- —Septime, Paris (11e) : le menu dégustation au comptoir est une expérience gastronomique complète. Comptez 95 euros avec les accords mets-vins.
- —Tickets, Barcelone : le concept de tapas créatives se prête parfaitement au solo. Comptoir face à la cuisine ouverte, 40 à 60 euros.
- —The Palomar, Londres : comptoir face aux chefs, cuisine israélo-méditerranéenne vibrante, ambiance musicale. 35 à 50 livres.
Le pourboire et l'addition
En France, le service est inclus, mais un euro ou deux en plus pour un service attentif ne se refuse pas. À l'étranger, les usages varient. Ce qui ne change pas : ne laissez jamais un serveur vous traiter comme une cliente de seconde zone parce que vous êtes seule. Si le service est mauvais, votre pourboire le reflétera, comme pour n'importe quel autre client.
Demandez l'addition quand vous êtes prête, pas quand le restaurant a besoin de votre table. Vous payez pour un repas et pour un moment. Prenez votre temps.
Le déclic
Pour les femmes cadres qui voyagent souvent pour le travail, le dîner solo est presque inévitable. Mais même en dehors du contexte professionnel, c'est une compétence de vie. Le jour où vous commanderez un verre de vin dans un restaurant bondé un samedi soir, seule, sans téléphone, et que vous savourerez chaque seconde, vous saurez que vous avez franchi une ligne.
Pas une ligne de courage. Une ligne de liberté.
On ne dîne pas seule par défaut. On dîne seule par choix. Et ce choix, une fois fait, ne se défait plus.
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